Paris, le 23.05.09
Mon cher Roger,
Je t’écris cette lettre car ta mère et moi nous faisons beaucoup de soucis à ton égard. Depuis qu’Hortense a décidé de mettre fin à ses jours, c’est à peine si tu nous donnes signe de vie. Tu vis inexorablement d’aventure en aventure, te perdant entre les bras de la première minette venue. Simone, Assaitou, Katy… Longue est la liste de tes amours transies rencontrées entre Panam et le phare envoûtant d’Alexandrie. Je sais bien que pour un empire, tu ne voudras écouter les multiples conseils d’un vieux con moralisateur, qui se trouve au passage être ton père, mais cette fois-ci, je te demande, au nom de toute la complicité qui nous lie, ton attention la plus soutenue. J’ai appris récemment que tu t’étais embarqué pour le Caire et j’avoue que plus la distance géographique nous sépare, plus grande est mon inquiétude à ton propos.
Tu sais très bien que tu n’as pas encore fait le deuil de ta pauvre femme et, comme pour échapper à ton passé, te voilà parti à la poursuite d’une future ex rencontrée un soir par hasard sur meetic, une nuit où tu t’étais envoyé dix bloody Mary dans le cornet.
Je ne sais pas ce qui se passe dans ton cerveau, ne veux déchiffrer aucun code ni hiéroglyphe susceptible d’ouvrir la porte de tes secrets les plus enfouis… J’ai simplement le sentiment malheureux que tu es en train de partir à la dérive. Serait-ce la dérive de tes sentiments qui t’emmène tel un pantin désarticulé à proximité du Canal de Suez où tu penses rencontrer l’Eldorado ? Sans doute espères-tu écrire le carnet de voyages d’un romantique quadragénaire dans ce pays où les sirènes ont des écailles coupantes comme du silex ? Et qui prendra soin de ta santé là-bas, jeune inconscient ?
Tu sais que tu as une peau fragile comme moi et tu vas au Caire t’exposer à la chaleur moite des pays chauds. Tu viens d’avoir un ulcère à l’estomac et tu décides sciemment de verser du whisky sur les blessures de tes amours perdues. Tes Love Stories tournent aux navets tant leurs issues communes convergent vers la queue de poisson. A trop emprunter les chemins de traverse, tu es en train de creuser progressivement les fondations de ta propre tombe… et ça me désole. Et puis il y a Garance, tu sais combien tu comptes à ses yeux. Tu ne vas tout de même pas te foutre en l’air parce que le passé te remonte à la gorge et que tu as envie de tout laisser tomber à 40 ans ? Ce serait trop con, non ?
Aux dernières nouvelles, tu avais fait la rencontre d’une certaine Aïcha sur Internet. Le courant avait l’air de bien passer entre vous deux. Sans doute es-tu parti à sa rencontre ? Sans doute est-ce elle le frisson qui manque à ta vie ? Quoi qu’il en soit, j’espère mon fils, que tes malheurs passés préparent le bonheur de ta future vie. J’espère que c’est ce qui est en train de t’arriver actuellement en Egypte. J’aimerais tellement que tu m’écrives : « j’ai trouvé mon nouveau souffle de vie dans ce pays où les pyramides ont moins d’estime à mes yeux que la beauté insolente et le charme incendiaire d’Aïcha. Je pense qu’à présent : je tiens l’affaire ».
Ton père qui t’aime,
Rémi Mann.
PS : mon vieil ami, Lou Khalitar, te passe le bonjour !

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